Agressions sexuelles : le sport n’est pas épargné…

Agressions sexuelles : le sport n’est pas épargné…

Agressions sexuelles : le sport n’est pas épargné…

L’explosion du scandale Harvey Weinstein à Hollywood début octobre a libéré la parole de milliers de femmes sur les agressions sexuelles dont elles sont ou ont été victimes par le passé. Dans la presse et sur les réseaux sociaux, les témoignages se multiplient. Le 18 octobre, c’est l’ancienne gymnaste américaine McKayla Maroney qui a utilisé le hashtag #MeToo pour raconter son histoire, celle d’une jeune fille abusée pendant des années par le médecin de la sélection des États-Unis. Un cas qui n’est malheureusement pas isolé dans le milieu sportif…

ARTICLE BY WOMENSPORTS.FR 

Le 5 octobre dernier, le producteur de cinéma américain Harvey Weinstein est accusé de harcèlement sexuel puis de viol par plusieurs actrices dans des articles publiés dans la presse new-yorkaise. Les témoignages de stars confirmant les agressions ou tentatives d’agressions sexuelles du plus puissant producteur d’Hollywood se multiplient.
Depuis, l’affaire a dépassé les frontières du cinéma pour s’étendre à l’ensemble de la société. Sur les réseaux sociaux, des milliers de femmes victimes d’agressions sexuelles racontent leur histoire à travers les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc. Le 18 octobre, c’est l’ancienne gymnaste américaine McKayla Maroney, double médaillée d’or aux Jeux Olympiques de Londres en 2012, qui a décidé de briser le silence à son tour au sujet des abus sexuels à répétition dont elle a été victime pendant des années de la part du docteur Larry Nassar, médecin de l’équipe nationale des États-Unis. Dans un texte publié sur Twitter, elle raconte : « Je sais combien il est difficile de parler publiquement d’un sujet aussi horrible et personnel parce que cela m’est arrivé aussi. Les gens doivent savoir que cela n’arrive pas qu’à Hollywood. Cela se passe partout ». L’ex-gymnaste évoque ensuite « son rêve d’aller aux Jeux Olympiques » et les choses « inutiles et répugnantes » qu’elle a dû « endurer pour y parvenir » ; les « soins », soit-disant « utilisaient depuis plus de trente ans sur des patients » et cette nuit, « la plus effrayante de [sa] vie », où elle s’est réveillée seule dans sa chambre d’hôtel, en train de recevoir un de ses fameux « traitements ». Un cauchemar qui a commencé lorsqu’elle avait 13 ans et qui ne s’est terminé que le jour où elle a quitté ce sport, en février 2016, à l’âge de 20 ans.
Le taux d’exposition général des athlètes est de 11,2%
Mais l’affaire de la sélection américaine de gymnastique n’est pas un cas isolé. De nombreuses sportives ont avoué avoir été victime de violences sexuelles par le passé. On peut notamment citer la joueuse de tennis française Isabelle Demongeot, violée et agressée sexuellement pendant plus de dix ans par son ancien entraîneur Régis de Camaret, condamné en 2014 à 10 ans de prison pour les viols de deux pensionnaires mineures de son club de Saint-Tropez [ndlr : il ne sera en revanche jamais jugé pour les viols d’Isabelle Demongeot et la plupart de ses autres victimes tombés sous le coup de la prescription].
Une enquête coordonnée par le docteur en psychologie Anthony Mette pour la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et le Conseil Départemental de la Seine-Maritime datée de 2015 estime que le taux d’exposition général des athlètes aux violences sexuelles en milieu sportif est de 11,2% contre 6,6% hors sphère sportive. Parmi les facteurs de risque de l’agression sexuelle, on compte  la relation entraîneur-sportif, la culture du bizutage encore très présente, la confiance aveugle de certains parents envers l’entraîneur. Mais également, le cadre du sport en général : entrées et sorties de vestiaires, déplacements fréquents (nuits à l’hôtel), l’importance du corps et du poids, la tactilité destinée à perfectionner les mouvements…

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 Inaction, omerta et non-dits
Les affaires précédemment citées ont démontré deux problèmes intrinsèques aux agressions sexuelles en milieu sportif : l’inaction des personnes et autorités pouvant agir pour éradiquer ce fléau et l’omerta. La première affaire du genre sortie dans la presse est celle qui a rapidement été baptisée « l’affaire des lanceuses de marteau », en 1991. Deux lanceuses de marteau, Catherine Moyon de Baecque et Michelle Rouveyrol ont raconté les coulisses abominables et cauchemardesque d’un stage d’athlétisme où elles ont été agressées et violées par plusieurs athlètes de haut niveau, encouragés par l’entraîneur national. Catherine Moyon de Baecque a été la première sportive française à dénoncer les violences sexuelles dans le sport et à mettre en cause l’encadrement et les responsables de la Fédération d’athlétisme qui ont cherché à étouffer l’affaire. Si la presse s’est émue de son histoire, le milieu sportif, quant à lui, l’a exclue : elle n’était plus autorisée à s’entraîner et a été écartée de l’équipe.
La même inaction a été reprochée à la Fédération américaine de gymnastique dans l’affaire Nassar, mise en cause pour avoir « placé l’argent et les médailles en premiers » pour reprendre les mots de l’avocat des victimes.
Espérons donc qu’avec la libération de la parole qui bouleverse la société aujourd’hui, les sportives, sportifs, fédérations et autorités n’hésitent plus à se faire entendre.
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Pierre Bergé

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